![]() |
|
Kinshasa, RDC, 2009-05-13 (Le Phare) -
Une opinion publique congolaise hostile au Rwanda Dans leur politique de petits pas face à la main tendue rwandaise pour la cohabitation politique, militaire et économique non conflictuelle, les autorités congolaises sont terriblement gênées par l’opinion politique intérieure. Ce n’est pas sans raison que ni le Chef de l’Etat rwandais, ni celui du Congo, n’osent se lancer des invitations pour des visites réciproques d’Etat dans leurs capitales respectives. Les Congolais de tous les bords ont en effet, du mal à passer l’éponge sur un passé douloureux et encore frais dans les mémoires, lequel fait défiler devant leurs yeux le bilan macabre de 6 millions de morts, des ressources naturelles pillées et en continuation de pillage, des infrastructures routières, sanitaires, administratives, culturelles détruites, de l’écosystème en moule (parcs naturels mis à sac). Pour tant de mal fait à leur patrie et à leurs frères et sœurs, dont des millions de survivants continuent leur croisade d’errance et d’exil intérieur, à cause du soutien militaire du Rwanda à des rébellions ayant pour unique objectif de déstabiliser les institutions de la République et de favoriser l’émergence d’un Tutsiland sur leur territoire, nos compatriotes voient d’un mauvais œil le rapprochement entre Kinshasa et Kigali. En 1997, il était plus commode d’évoquer la facture que la RDC devait payer à Paul Kagame et à son armée, en contrepartie de leur contribution militaire à la chute du dictateur Mobutu Sese Seko. Hélas, il y a eu les rébellions instrumentalisées à partir de 1998 par le Rwanda (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et l’Ouganda (Mouvement de Libération du Congo) et leurs rejetons ( Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/ Mouvement de Libération ; Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Nationaliste). Onze ans après, les Congolais réalisent que ce sont eux qui ont payé le prix le plus fort. Celui-ci se décline en termes de pertes en vies humaines (6 millions de morts), de minerais vendus en contrebande (5 milliards de dollars selon le rapport du panel d’experts des Nations Unies publié en octobre 2002), d’infrastructures de base endommagées, de dégâts collatéraux (violences sexuelles, élimination de spécimens d’animaux et oiseaux rares dans les parcs nationaux), infiltration des contrées du Nord-Kivu par des communautés rwandophones spécialisées dans les expropriations foncières, les violences sexuelles, la propagation du Vih/Sida,), le démantèlement de l’armée nationale avec l’envoi des ex-FAZ au camp d’extermination de Kitona, le dysfonctionnement du système sécuritaire national), etc. Qui doit à qui ? Avant d’accepter l’offre de coopération de Kigali, les Congolais auraient aimé voir leur gouvernement rediscuter la prétendue facture de la guerre de libération, utilisée comme prétexte par le Rwanda pour la planification de l’invasion de leur pays en août 1998. La question de fond devrait être celle de savoir qui doit à qui. Aux yeux du commun des Congolais, s’il y a un débat à organiser autour d’une éventuelle compensation du manque à gagner subi par Kinshasa ou Kigali entre 1996 et 2009, la balance devrait naturellement pencher en faveur de la RDC. D’où, d’aucuns pensent que les autorités congolaises ne devraient pas occulter le dossier de la réparation par le Rwanda, des préjudices humains, matériels, financiers et moraux causés au peuple congolais. Il existe, dans tous les conflits armés, des mécanismes juridiques internationaux de règlement des contentieux divers. Les Congolais attendent donc de savoir combien leur doivent les Rwandais. Cela clarifierait les relations diplomatiques, commerciales et autres en instance d’être relancées. S’il n’y a pas transparence dans le traitement du contentieux rwando-congolais, notre peuple risque de rester avec le sentiment que le rapprochement entre Kinshasa et Kigali est en train de s’opérer sur son dos. |
| © OMAC 2003 - 2004 - Tous droits réservés, E-mail : momo-bdi@omac-afrique.org | Powered by umuco.com |