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    Lune de miel entre Kinshasa et Kigali, mais... : Le contentieux demeure

    Kinshasa, RDC, 2009-05-13 (Le Phare) -

    -  Le Phare ( RDC)

    -  Kinshasa, RDC 13/05/2009 - Depuis le retour, dans le giron gouvernemental, des mouvements rebelles (CNDP, Mai-Mai Pareco, Mongol et autres) à la fin du mois de janvier 2009, l’arrestation du général Laurent Nkunda et l’organisation des opérations militaires entre les FARDC et l’armée rwandaise pour la traque des éléments FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda, dans le Nord-Kivu, les événements semblent s’accélérer. Kinshasa et Kigali en sont aujourd’hui à l’étape de l’ouverture imminente de leurs ambassades respectives, de la nomination d’ambassadeurs et d’experts appelés à animer la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CPGL). Le ministère rwandais des Affaires Etrangères a même déjà communiqué le nom de la personne chargée d’animer son ambassade à Kinshasa. Mais le chef de la diplomatie congolaise, Alexis Thambwe Mwamba, a confié aux médias que le gouvernement congolais allait faire connaître incessamment le nom de l’oiseau rare à positionner à la chancellerie congolaise dans la capitale rwandaise. C’est la preuve que de part et d’autre, le décor de la normalisation des relations diplomatiques est solidement planté. On retient à cet effet d’ailleurs que la RDC a désigné comme Coordonnateur Adjoint de la CEPGL Ntumba Luaba, ancien ministre des Droits Humains et Secrétaire général du gouvernement, devenu célèbre en 2002 après sa prise en otage par le chef rebelle Kawa, à Bunia, dans le district de l’Ituri.

    Une opinion publique congolaise hostile au Rwanda Dans leur politique de petits pas face à la main tendue rwandaise pour la cohabitation politique, militaire et économique non conflictuelle, les autorités congolaises sont terriblement gênées par l’opinion politique intérieure. Ce n’est pas sans raison que ni le Chef de l’Etat rwandais, ni celui du Congo, n’osent se lancer des invitations pour des visites réciproques d’Etat dans leurs capitales respectives. Les Congolais de tous les bords ont en effet, du mal à passer l’éponge sur un passé douloureux et encore frais dans les mémoires, lequel fait défiler devant leurs yeux le bilan macabre de 6 millions de morts, des ressources naturelles pillées et en continuation de pillage, des infrastructures routières, sanitaires, administratives, culturelles détruites, de l’écosystème en moule (parcs naturels mis à sac). Pour tant de mal fait à leur patrie et à leurs frères et sœurs, dont des millions de survivants continuent leur croisade d’errance et d’exil intérieur, à cause du soutien militaire du Rwanda à des rébellions ayant pour unique objectif de déstabiliser les institutions de la République et de favoriser l’émergence d’un Tutsiland sur leur territoire, nos compatriotes voient d’un mauvais œil le rapprochement entre Kinshasa et Kigali.

    En 1997, il était plus commode d’évoquer la facture que la RDC devait payer à Paul Kagame et à son armée, en contrepartie de leur contribution militaire à la chute du dictateur Mobutu Sese Seko. Hélas, il y a eu les rébellions instrumentalisées à partir de 1998 par le Rwanda (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et l’Ouganda (Mouvement de Libération du Congo) et leurs rejetons ( Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/ Mouvement de Libération ; Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Nationaliste). Onze ans après, les Congolais réalisent que ce sont eux qui ont payé le prix le plus fort. Celui-ci se décline en termes de pertes en vies humaines (6 millions de morts), de minerais vendus en contrebande (5 milliards de dollars selon le rapport du panel d’experts des Nations Unies publié en octobre 2002), d’infrastructures de base endommagées, de dégâts collatéraux (violences sexuelles, élimination de spécimens d’animaux et oiseaux rares dans les parcs nationaux), infiltration des contrées du Nord-Kivu par des communautés rwandophones spécialisées dans les expropriations foncières, les violences sexuelles, la propagation du Vih/Sida,), le démantèlement de l’armée nationale avec l’envoi des ex-FAZ au camp d’extermination de Kitona, le dysfonctionnement du système sécuritaire national), etc. Qui doit à qui ?

    Avant d’accepter l’offre de coopération de Kigali, les Congolais auraient aimé voir leur gouvernement rediscuter la prétendue facture de la guerre de libération, utilisée comme prétexte par le Rwanda pour la planification de l’invasion de leur pays en août 1998. La question de fond devrait être celle de savoir qui doit à qui. Aux yeux du commun des Congolais, s’il y a un débat à organiser autour d’une éventuelle compensation du manque à gagner subi par Kinshasa ou Kigali entre 1996 et 2009, la balance devrait naturellement pencher en faveur de la RDC. D’où, d’aucuns pensent que les autorités congolaises ne devraient pas occulter le dossier de la réparation par le Rwanda, des préjudices humains, matériels, financiers et moraux causés au peuple congolais.

    Il existe, dans tous les conflits armés, des mécanismes juridiques internationaux de règlement des contentieux divers. Les Congolais attendent donc de savoir combien leur doivent les Rwandais. Cela clarifierait les relations diplomatiques, commerciales et autres en instance d’être relancées. S’il n’y a pas transparence dans le traitement du contentieux rwando-congolais, notre peuple risque de rester avec le sentiment que le rapprochement entre Kinshasa et Kigali est en train de s’opérer sur son dos.

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