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    Ces deux dernières années : malgré la crise financière, l’Afrique suscite un regain d’intérêt dans le monde

    (Le Potentiel 29/08/2009)

    -  En 2008 plusieurs réunions de haut niveau ont été organisées, portant particulièrement sur l’Afrique. En avril 2008, le Sommet du Forum Inde-Afrique s’est tenu à New Delhi. 14 chefs d’Etats et de gouvernement y ont participé ainsi que des représentants d’organismes régionaux.

    Un cadre global pour la coopération Afrique-Inde a été élaboré ; il porte sur la coopération économique dans divers domaines tels que le développement agricole ainsi que la coopération politique, la science et la technologie, le développement social, le tourisme, l’infrastructure, l’énergie et l’environnement, les médias et la communication. Un plan d’action conjoint et un mécanisme de mise en œuvre sont censés voir le jour dans un an. L’un des objectifs déclarés du cadre est de renforcer la coopération Sud-Sud afin qu’elle permette à l’Afrique et à l’Inde d’avoir une plus grande influence dans les instances internationales.

    En mai 2008, la quatrième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD IV) s’est tenue à Yokohama et a vu la participation des représentants de 51 pays africains parmi lesquels 40 chefs d’État et de gouvernement et divers représentants d’organisations africaines et de nombreux pays asiatiques. Le Japon a annoncé qu’il doublerait son aide publique au développement (APD) au cours des cinq prochaines années en privilégiant le développement des infrastructures et de l’agriculture.

    Le premier Sommet sur la coopération entre la Turquie et l’Afrique s’est tenu à Istanbul en août 2008 et a vu la participation de représentants de 50 pays africains, dont plusieurs chefs d’État et de gouvernement. Les relations commerciales et d’investissement de la Turquie avec l’Afrique ont connu un développement spectaculaire au cours des dernières années et l’Afrique est un marché important pour les entrepreneurs turcs. La Turquie a également officialisé ses relations avec l’Union africaine et la BAD.

    En octobre 2008, s’est tenue une conférence ministérielle sur la coopération économique entre la Corée du Sud et l’Afrique dont l’objet était d’examiner les principales questions de développement économique et de partager les expériences de la Corée du Sud en matière de développement économique avec les partenaires africains. D’autres pays à revenu intermédiaire comme le Brésil développent également leurs relations économiques et diplomatiques avec l’Afrique. Cette évolution survient à un moment caractérisé par une forte croissance en Afrique, l’augmentation de la demande de produits de base, spécialement dans les économies émergentes et la recherche d’emplacements à faible coût pour les investissements dans la manufacture de produits simples. Elle a permis d’arrêter la tendance à la baisse de la part de l’Afrique dans les échanges mondiaux et dans les flux d’investissement étranger direct (IED).

    Le commerce mondial s’est moins développé en 2007 que durant les années précédentes, ce que traduit le recul des taux de croissance des exportations dans presque toutes les régions, à l’exception des économies développées. Il existe toutefois des différences fondamentales entre pays, du fait que l’augmentation des exportations de produits de base était essentiellement due à la hausse des cours tandis que l’augmentation de la production manufacturière est, elle, due à l’augmentation des volumes commerciaux. Ce sont les pays en transition qui ont connu l’augmentation la plus rapide des exportations, suivis par les pays asiatiques en développement. C’est en Afrique où le taux de croissance a été le plus lent (10,7%) malgré la hausse des cours de la plupart des produits de base. La croissance du commerce mondial s’est ralentie en 2008, étant d’environ 6% en raison de la baisse de la demande dans les pays de l’OCDE. Un autre facteur important responsable de la baisse des exportations est le tarissement du crédit à l’exportation à court terme, étant donné qu’environ 90% du commerce sont financés au moyen de crédits à court terme (Massa et Velde, 2008).

    On s’attend à une baisse supplémentaire de 2%.des échanges mondiaux en 2009, ce qui serait une première depuis 1982. Certains pays comme la Russie et l’Inde ont déjà commencé à relever les droits de douane et d’autres recourent de plus en plus aux règles antidumping pour protéger leurs industries locales de la baisse marquée de la demande. Cela pourrait se traduire par un doublement des droits de douane moyens du fait que la plupart des réductions tarifaires opérées durant la décennie passée ne vont pas être maintenues dans le cadre de l’OMC (CNUCED, 200Sc ; Banque mondiale 2009 ; ONU, 2009).

    En 2007, les apports d’IED ont augmenté de 30%, atteignant le montant record de 1 833 milliards de dollars. Mais en 2008, les flux d’IED ont baissé de 21 % en raison du ralentissement économique mondial, du durcissement général des conditions de crédit et d’une aversion du risque plus grande des investisseurs à mesure que la crise s’accentuait. L’Union européenne a eu un rôle important aussi bien dans l’augmentation de 2007 que dans la baisse de 2008. L’IED vers les États-Unis avait déjà baissé en 2007 et la tendance s’est poursuivie en 200S. Les États-Unis sont demeurés le plus grand pays bénéficiaire dans la mesure où la dépréciation du dollar a réduit le coût de l’IED dans le pays. Les entrées totales d’IED dans les pays industrialisés ont baissé de 33% en 2008 alors qu’elles ont augmenté de 4% en moyenne pour les pays en développement. l’Afrique et l’Amérique latine ont bénéficié d’apports d’IED plus importants, essentiellement durant la première moitié de 2008. Les flux de capitaux devraient baisser encore plus en 2009. Les flux nets de dette privée et de capitaux vers les pays en développement devraient diminuer de moitié, passant de 1 000 milliards de dollars en 2007 à 530 milliards de dollars en 2009, ce qui ralentira fortement la croissance de l’investissement (CNUCED, 2009 ; Banque mondiale 2009 ; ONU, 2009).

    En 2007, les flux d’IED entre pays en développement ont poursuivi leur tendance à la hausse, l’Asie étant la principale source d’IED pour d’autres régions en développement. Les sociétés transnationales (STN) africaines ont même développé leurs activités dans la région et hors de la région. Les flux d’IED vers l’Afrique ont augmenté, atteignant un montant record de 53 milliards de dollars en 2007 et sont allés de plus en plus vers les industries extractives, en raison de l’augmentation des cours des produits de base. Dans l’ensemble, le secteur des services absorbe la plus grande part des stocks d’IED mondiaux, tandis que la part du secteur manufacturier baisse et celle de l’agriculture demeure très faible (CNUCED, 2008).

    Les flux de transferts de fonds vers les pays en développement ont également augmenté de 7%, passant à 283 milliards de dollars en 2008 alors qu’ils avaient été de 265 milliards de dollars en 2007. C’est l’Afrique du Sud où la plus forte augmentation a été enregistrée, suivie du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne. L’augmentation a toutefois été plus lente que durant les années précédentes, en raison de la progression du chômage et de l’affaiblissement des économies dans les pays industrialisés. On s’attend pour 2009 à une perte de 20 millions d’emplois dans le monde, ce qui pourrait avoir un effet disproportionné sur les migrants.

    Cependant, l’effet net de la crise sur la migration est incertain du fait qu’aussi bien les facteurs d’attraction tels que les opportunités d’emploi dans les pays d’accueil et les facteurs de répulsion tels que les perspectives de gagner de l’argent dans les pays en développement, sont affectés. Les flux globaux de transferts d’argent vers les pays en développement devraient diminuer de 6%. Ils devraient toutefois être moins touchés par la crise financière que d’autres flux (Banque mondiale, 2008).

    EFFETS DE LA CRISE FINANCIERE

    La crise financière et la récession économique mondiale auront immanquablement des effets directs et indirects sur l’Afrique. En raison du degré d’intégration relativement faible des marchés financiers africains au marché mondial, les effets directs seront probablement modérés. Dans un certain nombre de pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigéria et le Kenya, le secteur financier a été touché quand les prix des actions ont chuté de façon spectaculaire. L’inversion des flux de portefeuille fait qu’il est plus difficile de racheter les bons du Trésor et les pays où les banques étrangères sont nombreuses comme le Mali, la Tanzanie, le Rwanda, l’Ouganda, le Mozambique et la Zambie, ne sont pas à l’abri de retraits de capitaux (Massa et Velde, 2008).

    Du fait de la crise financière, même les grandes sociétés africaines ont des difficultés pour emprunter sur les marchés internationaux. Les systèmes bancaires locaux sont également touchés par l’instabilité financière et la pénurie de liquidités, au point qu’ils ne seront probablement pas en mesure de fournir un financement substantiel dans le court terme. Il en résultera une contraction du crédit intérieur au secteur privé, ce qui compromettra leur rentabilité dans le court terme du moins, et réduira davantage la valeur des actions sur les marchés.

    La baisse des cours des actions et la crise du crédit entraîneront une contraction de la consommation intérieure par suite de l’effet de richesse associé à la baisse des cours des actions et du revenu disponible. Parallèlement, les difficultés que pose le financement de projets d’investissement forceront certaines sociétés locales à augmenter les redevances et les prix. C’est ainsi qu’Eskom, la compagnie de distribution d’énergie électrique d’Afrique du Sud a déjà annoncé qu’elle allait augmenter ses tarifs, n’étant plus en mesure de financer son plan d’investissement à long terme via les marchés internationaux. Puisque la demande d’électricité est généralement inélastique, c’est sur le consommateur final que cette augmentation des tarifs sera finalement répercutée.

    La crise peut avoir des effets indirects considérables et multiformes. Ces effets sont essentiellement dus à la récession économique mondiale et à la baisse des cours et des exportations de produits de base de l’Afrique, au ralentissement et à l’imprévisibilité des entrées de capitaux et à la volatilité des taux de change. En plus de ralentir la croissance, ces facteurs peuvent provoquer des déséquilibres économiques internes er externes importants et freiner les progrès vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMO). L’impact de la crise financière mondiale sur l’inflation ne devrait toutefois pas être trop prononcé. Comme indiqué précédemment, le ralentissement de la demande mondiale entraînera une baisse des cours des produits de base de l’Afrique.

    D’autres importants secteurs d’exportation tels que l’agriculture non traditionnelle seront touchés par la crise financière et la récession mondiale qui s’ensuivra. Le tourisme de son côté, sera touché non seulement par la crise mais également par la hausse des prix du pétrole et des coûts du transport aérien. On s’attend ainsi à ce que les déficits des comptes courants se creusent et que la baisse des recettes d’exportation exerce de fortes contraintes sur les dépenses publiques (Massa et Velde, 2008).

    La récession mondiale et le ralentissement de la croissance compromettront le rythme auquel le continent progresse vers les OMO. La baisse de l’APO et les difficultés à mobiliser des ressources intérieures dans le cadre budgétaire, ne feront qu’aggraver la situation. Le revenu disponible des ménages baissera également en conséquence de la baisse des transferts de fonds. Le nombre de personnes touchées par la crise alimentaire va probablement augmenter. Dans l’ensemble, l’Afrique pourrait par conséquent voir le nombre de ses pauvres augmenter et les niveaux de vie chuter chez la plupart des couches vulnérables de la population.

    À l’évidence, la crise financière obligera les pays africains et leurs partenaires à envisager de prendre des mesures à court et à long termes pour faire face à ses répercussions. Elles pourraient consister notamment à renforcer la réglementation du secteur financier, en particulier en ce qui concerne la surveillance et la supervision bancaires, à réduire la vulnérabilité aux chocs internationaux par des mesures de diversification économiques et l’amélioration de la gestion des recettes provenant des ressources naturelles. Le fait que les principaux pays industrialisés glissaient dans la récession et étaient empêtrés dans une crise financière à la fin de 2008, était un événement sans précédent depuis la Grande Dépression des années 30. La reprise n’est attendue dans les pays industrialisés que vers la fin de l’année 2009. Comme la crise financière aura des répercussions négatives considérables sur toutes les régions en développement, il est nécessaire que les pays industrialisés et les économies émergentes entreprennent encore une action concertée, mieux cordonnée, qui leur permette non seulement de redresser leur économie mais qui prenne en compte également les besoins des pays qui n’ont pas les moyens de se protéger des effets de la perturbation économique d’aujourd’hui. Il pourrait s’agir, par exemple, d’étendre les plans de relance aux pays pauvres.

    VOLATILITE DES PRIX

    La flambée des prix a pris fin et a même commencé à ralentir au milieu de 2008, mais les prix restent relativement élevés, ce qui pose un certain nombre de défis aux pays en développement en général et aux pays africains en particulier. Par exemple, les importateurs de produits alimentaires connaissent des déficits commerciaux et budgétaires de plus en plus importants, tandis que la volatilité de plus en plus forte des cours des produits de base ne fait qu’ajouter à l’incertitude, ce qui influe négativement sur les investissements et la production. La planification budgétaire et financière devient plus difficile, ce qui ne manque pas de poser des problèmes aux pays ayant des institutions faibles et des déficits en capacités. La hausse des prix des produits alimentaires offre cependant l’occasion d’accroître l’investissement dans l’agriculture et de réduire ainsi la pauvreté dans le moyen terme.

    Il est indéniable que la crise financière aura des effets économiques et sociaux directs et indirects sur l’Afrique, mais les mesures politiques visant à y faire face dépendront de la nature de ces effets et de la situation financière de chaque pays. Les pays africains ayant accumulé des réserves grâce à la forte augmentation récente des cours des produits de base, devraient utiliser ces réserves pour stimuler la demande intérieure et atténuer les effets de la crise sur leur développement économique et social. Les pays ayant des réserves limitées et qui sont fortement tributaires du soutien des donateurs, vont certainement pâtir le plus de cette situation.

    En plus de l’amélioration de la gestion macroéconomique et du secteur public, ces pays ont besoin du soutien des donateurs et des institutions multilatérales de développement pour maintenir les acquis économiques et sociaux des quelques dernières années. À cet égard, les pays industrialisés devraient envisager d’utiliser une portion de leurs plans de soutien financier et de relance économique pour aider à financer les transferts financiers aux pays pauvres les plus durement touchés par la crise.

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