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(Syfia Grands Lacs/Burundi)
"C’est, pour nos dirigeants, une obligation légale et constitutionnelle de rendre des comptes sur leurs réalisations. Ceux qui ne se sont pas acquittés de ce devoir ont failli à leur mission. Pas question de leur renouveler notre confiance demain", disait, début août, Anaclet Niyonkuru, activiste de la société civile du Burundi. Depuis quelques mois, le débat sur l’obligation de rendre compte (redevabilité) bat son plein alors que les acteurs politiques commencent à faire les yeux doux aux électeurs pour se faire réélire lors des élections générales prévues en 2010. Les citoyens ont de nombreux griefs à l’égard de l’équipe en fin de mandat, accusée de ne pas informer les citoyens : au niveau local, 80 % des citoyens affirment ne rien savoir des projets de développement en cours d’élaboration dans leurs communes. "C’est une lacune, car la population devrait être associée à la conception, la mise en œuvre et le suivi/évaluation de ces projets conçus pour eux", estime le consultant Léonidas Havyarimana. Pour lever le voile sur certains actes et rappeler aux citoyens leur droit à l’information, l’Observatoire de l’action gouvernementale (OAG) et l’Ong Global Rights ont conjointement publié, le 2 août, une étude sur "La responsabilité des institutions et des mandataires publics : mécanismes légaux et réalités". Un président qui sort du lot Selon la Constitution et d’autres lois burundaises, fait remarquer L. Havyarimana, les mandataires publics, les institutions élues et autres détenteurs du pouvoir étatique à tous les niveaux devraient régulièrement rendre des comptes aux citoyens. Mais seul le président de la République, Pierre Nkurunziza, fait exception. "C’est le seul chef d’État burundais qui, jusqu’ici, ose se prêter, tous les six mois, aux questions de la population, en direct sur tous les médias locaux, quant à sa gestion du pays", précise Amélie Niyuhire, politologue. La publication des conclusions de chaque Conseil des ministres (hebdomadaire) participe aussi de cette transparence et de l’obligation de rendre compte. Au lendemain de son entrée en fonction, en août 2005, le président avait aussi ordonné à chaque ministre de tenir une conférence, tous les trois mois, afin de dresser le bilan de son action et d’annoncer les nouvelles priorités. Mais les ministres n’ont pas honoré cet engagement. Ce qui remet en cause la transparence du président comme chef du gouvernement. Des obstacles à la transparence "Les Burundais ne le savent pas, mais la loi précise que les sessions parlementaires sont publiques. Or, dans la pratique, un quidam n’y entre que sur permission spéciale. Les débats se font presque à huis clos", remarque Isidore Nikobamye, défenseur des droits humains. Les réalisations du gouvernement restent aussi officiellement inconnues du Parlement. "En principe, les deux chambres du Parlement réunies en congrès devraient évaluer, tous les six mois, l’action du gouvernement par rapport à ses engagements, mais cette séance n’a été organisée qu’une seule fois en quatre ans", rappelle Léonidas Havyarimana. De nombreuses autres failles s’observent au niveau du fonctionnement des Conseils nationaux, prévus par la loi pour plancher sur certains secteurs vitaux. Seuls deux conseils sur six sont réellement fonctionnels, en l’occurrence le Conseil national de communication (CNC) et le Conseil économique et social (CES). "Le domaine de la Justice est névralgique pour le pays, mais le Conseil supérieur de la Justice vient de terminer son mandat sans avoir produit un seul rapport", indique, sous le sceau de l’anonymat, un magistrat. Pour attirer l’attention des citoyens et des mandataires sur l’existence de ces dispositions légales et l’impératif de s’y plier, les organisations de la société civile ont organisé, du 10 au 15 août, une campagne médiatique, autour de cette thématique. "Il ne s’agit pas de critiquer ou de dénoncer, mais nous voulons en parler pour que la population soit informée de ses droits et afin que nos dirigeants puissent changer de pratique, le cas échant", explique Louis Marie Nindorera de l’Ong Global Rights. Les dirigeants promettent de s’amender et les citoyens savent, désormais, ce à quoi ils ont droit ; rien ne devrait plus être comme avant, réagit Antoine N. par Silvère Hicuburundi |
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