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Burundi : des greniers communautaires pour ne plus gaspiller ses semences (Syfia Grands Lacs/Burundi)
"Je n’y croyais vraiment pas, c’était pour moi une façon de nous escroquer comme on l’entend dire dans les villes", raconte Mukamusoni Tabitha, une dame de la province de Kirundo, au nord du Burundi, âgée d’une soixantaine d’années. Aujourd’hui, elle ne regrette pas d’avoir placé la moitié de sa récolte de haricots dans un grenier communautaire pendant trois mois. Ce grenier en aluminium, un métal qui ne rouille pas, peut contenir jusqu’à 12 tonnes de graines (haricot et sorgho) qui serviront de semences l’année suivante. Mukamusoni Tabitha a pu ainsi conserver dans de bonnes conditions des graines à semer. Elle n’est pas la seule à avoir été séduite par ce système : presque toutes les familles paysannes de la localité font désormais confiance à ces greniers publics où leur récolte est bien conservée et protégée et elles ne craignent plus d’être "escroquées". Dans cette province de Kirundo, comme dans le reste du pays, la production agricole est assurée par une multitude d’exploitations familiales de faible superficie. Le manque d’engrais et d’intrants ne permet pas d’étendre les cultures, en dépit de la disponibilité de vastes étendues de terre. La production vivrière est destinée à l’autoconsommation et les maigres surplus sont écoulés au marché. Une meilleure gestion des récoltes Ce système de greniers communautaires fonctionne dans le cadre d’un programme lancé par les autorités administratives en collaboration avec les leaders d’opinion de la population depuis 2005. Il est né du constat qu’à chaque saison culturale les autorités devaient aller demander des semences pour les populations aux Ong et aux organisations onusiennes notamment la FAO. Même si la récolte avait été bonne, de gros besoins en semences subsistaient en raison de sa mauvaise gestion par les petits producteurs et les familles. Selon M. Juvénal Muvunyi, le gouverneur de Kirundo, "l’administration et les partenaires ont constaté qu’il était pratiquement impossible de fournir des semences à toute la population". Des séances de sensibilisation des villageois ont été menées pour identifier les causes du déficit chronique en semences. Après une série de rencontres, précise Prime Nyandwi, chef de colline CEWE, les paysans ont décidé de placer leur récolte dans un endroit protégé, soutenus par la FAO et des Ong qui leur ont promis des greniers modernes et des insecticides. Cela les a encouragés à ne plus vendre tous leurs surplus sur le marché. Un autre facteur de gaspillage a été mis en évidence : la consommation excessive de boisson conduit à vendre les récoltes afin de trouver de l’argent, ce qui par ailleurs attise les conflits au sein des couples. L’installation de greniers communautaires à raison de deux par colline a non seulement réduit sensiblement les problèmes de semences, mais a apaisé aussi les tensions dans certaines familles. Certains ont aussi pointé du doigt les commerçants qui s’approvisionnent à bas prix pour revendre ensuite les produits avec bénéfice aux organisations qui les redistribuent à la population. Contribution en travail ou en argent Toute personne qui veut placer sa récolte doit participer à la construction de ces greniers sauf si un handicap l’en empêche. Les personnes valides qui n’ont pas pris part aux travaux doivent en revanche obligatoirement payer les frais dits de fonctionnement, soit 20 Fbu (0,02 $) par kilo qui contribuent à assurer les travaux d’entretien, le nettoyage, l’épandage des insecticides, etc. Chacun place la quantité qu’il veut selon sa production et ses futurs besoins en semences, mais une fois sa récolte stockée, personne ne peut la ressortir avant la saison culturale. Environ 175 000 familles de la région ont accès à ces greniers qui leur évitent de tendre la main à l’extérieur comme auparavant et ont permis de réduire les demandes de semences des trois quarts : de 240 000 à 60 000 t en deux ans. "Tous les besoins ne sont pas satisfaits, mais nous vivons mieux qu’hier", estime Pamphile Mugemancuro, de la colline Masuka. Selon le Programme alimentaire mondial, 16 % des Burundais vivent dans une insécurité alimentaire quasi chronique et environ 68 % d’entre eux sont à la limite de son seuil. Alors qu’un humain actif a besoin de 2 100 calories par jour, l’alimentation ne leur procure en moyenne que 1640 calories par personne. |
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