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    Revue de la presse du 13 aout 2009

    Burundi

    Du chanvre jusque dans les écoles

    -  La consommation de chanvre prend de l’ampleur au Burundi, en particulier chez les jeunes et même les enfants à qui elle cause des troubles de comportement Elle est soutenue par une production et un trafic important difficiles à contrer.

    Au sein d’une foule nombreuse sortant de la messe à Giheta, au centre du Burundi, des jeunes gens, âgés pour la plupart de 15 à 20 ans fument du chanvre, sans crainte car personne ne se soucie d’eux. "Nous les voyons fumer du chanvre mais personne ne peut les en empêcher de peur qu’ils se retournent contre nous", disent les fidèles présents. Selon les jeunes, la plupart des jeunes de la rue, rencontrés au centre ville de Gitega, rassemblés devant un magasin en train de faire circuler entre eux des joints de chanvre, "il suffit d’avoir 100 Fbu (0,1 $) pour doper au moins 5 personnes. Au lieu d’aller acheter des boissons alcoolisées très chères, nous fumons du chanvre pour oublier nos soucis. C’est un produit qui nous permet de bien passer la nuit même si nous avons faim". Pour beaucoup, ce sont les années de guerre qui ont poussé les jeunes à fumer. "Plongés dans le désespoir, les jeunes délaissés ne voyaient leur salut que dans la drogue", estime Oscar Nzeyimana, un habitant de Giheta.

    Une cause d’échec scolaire Aujourd’hui, cependant, la consommation de chanvre se répand dans toutes les classes de la société, en particulier chez les jeunes. Selon les autorités scolaires de Ngozi, elle prend une ampleur inquiétante ces derniers temps dans les écoles. "Nous regrettons fort de voir que même les enfants de l’école primaire commencent à s’intéresser à la consommation de ce produit", s’inquiète Egide Niyonsaba, directeur des écoles primaires. "Les élèves qui fument du chanvre sont difficiles à gérer. A part le non respect des autorités scolaires et de leurs parents, ils sont aussi plus brutaux et instables", précise le directeur d’internat d’un lycée. En outre, ajoute-t-il, ces élèves manquent de concentration ce qui conduit à des échecs scolaires. Ceux qui fument sont parfois entraînés à des actes violents. Tel est le cas d’un groupe d’élèves d’un lycée de Ngozi, qui ont tenté de brûler la direction de leur école quelques heures après la délibération en 2007. Un d’eux reconnaît : "Nous ne pouvions pas oser commettre un tel forfait n’eût été la drogue prise." Lorsqu’ils se font prendre en train de fumer, les élèves sont expulsés de l’école et trouver une place ailleurs leur est difficile. C’est le cas de trois lycéens de Ngozi. "Mon fils a été chassé. Il faisait la 7è secondaire, et j’aurai du mal à avoir une autre place pour lui car c’est une lourde faute", avoue François Buhinja, parent d’un des élèves. Selon le Dr Ntafatiro, de l’hôpital autonome de Ngozi ceux qui fument du chanvre sont exposés à des troubles comportementaux. Selon les études menées en Europe, où la consommation de cannabis (le chanvre, ndlr) est devenue très courante, celle-ci a des répercussions sur les capacités d’apprentissage des adolescents qui ont aussi tendance à se renfermer et à s’isoler. Ceux qui fument régulièrement perdent aussi toute motivation pour agir.

    Un trafic organisé Dans les grandes villes du Burundi comme Bujumbura, Gitega et Ngozi, certains adultes désoeuvrés fument eux aussi du chanvre. On en voit tous les jours qui s’attroupent dans ce qu’ils appellent dans leur jargon "li galas", l’endroit où se rassemblent ceux qui n’ont pas de boulot pour discuter. "Nous remarquons, ces jours-ci, une recrudescence de la consommation de chanvre. Comble de malheur, son trafic implique certaines grandes personnalités, malgré les sévères sanctions infligées à celui qu’on attrape", constate Gervais Hajayandi, procureur de la République à Ngozi. En effet, des peines de 3 mois à 5 ans de prison, une amende maximum de 250 000 Fbu (250 $) sont applicables aux trafiquants et une somme de 10 000 Fbu (10 $) à ceux qui le consomment. "La consommation est moins punie que le trafic parce que les délits ne sont les mêmes. Pour la première, il n’y a pas d’éléments matériels si tu ne le trouves pas dans sa poche", explique un membre de la ligue Iteka. Selon lui, coincer les trafiquants demande, en revanche, beaucoup d’investigation car c’est toute une chaîne de gens qui sont concernés. Il ajoute que c’est une affaire trop entourée de corruption où les petits travaillent pour les grands qu’il est donc difficile de suivre. Et aussi parce que les gens n’osent pas dénoncer les fournisseurs et les grossistes de peur d’être à leur tour arrêtés, estime un administratif de la province de Ngozi qui a requis l’anonymat. Une importante production soutient ce trafic. Les cultures de chanvre sont disséminées un peu partout, on en trouve dans des maisonnettes en construction, sur les toits des maisons en paille ou surtout dans la forêt. Dans la Kibira par exemple, une forêt naturelle encore vierge, allongée du nord au sud à l’ouest du pays, les gens cultivent des hectares de chanvre, témoigne un démobilisé des bandes armées qui y a vécu pendant plusieurs années. Traditionnellement les agriculteurs en cultivaient un peu en particulier pour soigner les vaches. Selon un agent de la police de Ngozi, le chanvre vient aussi de la Tanzanie voisine. Pour lui, il vaut mieux combattre les situations qui mènent à la prise de drogue que de punir ceux qui fument. Car, explique aussi le Dr Ntafarito, des changements de vie positifs permettent souvent aux gens d’abandonner le chanvre. Par exemple lorsqu’on se marie, qu’on trouve un emploi, qu’on a une promotion...

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